De la responsabilité éthique et juridique de l’acteur du discours : le cas de l’insulte homophobe

Résumé : Dans la perspective d’une analyse critique des discours, cet article, à l’instar des travaux de Koller (2009) et Van Leeudwen (1996), propose de prendre en compte les tensions entre texte et contexte. La relation dialectique entre acteurs sociaux et acteurs du discours est interrogée tout au long de ce travail. Ainsi, je pars de l’idée foucaldienne (Foucault 1969) des pratiques discursives où discours et pratiques sont traversés les uns par les autres et travaillent tous les deux l’histoire d’une société. Mon analyse porte essentiellement sur l’acteur du discours dans le cas d’une insulte homophobe. La responsabilité éthique et juridique de l’énonciateur qui profère une insulte est interrogée dans ce qui suit à travers l’exemple d’une analyse de l’insulte et des réponses langagières à celle-ci. IL s’agit d’une réflexion sur les constructions discursives des acteurs sociaux et de leur possible puissance d’agir face à la vulnérabilité linguistique (Butler 1997). Deux questionnements traversent cette analyse. D’abord, il s’agit de se demander qui parle quand l’insulte est proférée et comment l’insulte, comme pratique langagière, participe-t-elle à renforcer des positions sociales de pouvoir ? Ensuite, l’interrogation portera sur la capacité discursive du locuteur à renverser les rapports sociaux institués linguistiquement par la violence verbale. Dans le cadre de cet article, je m’intéresse particulièrement aux discours sur/des minorités sexuelles en Tunisie. En effet, depuis la révolution tunisienne, plusieurs associations pour les droits des personnes LGBTQi furent crées et des débats publics et nationaux engagés. La société civile est elle-même en désaccord et les acteurs sociaux défendant les droits des minorités sexuelles sont rares. Howard Becker (Becker 1963) rappelle que la déviance est le résultat de la construction par les groupes sociaux de normes que ces groupes participent eux-mêmes à instituer. La pratique discursive émanant de chacun de ces groupes sera le lieu d’une tension dialectique entre norme et transgression, inclusion et exclusion. La manière avec laquelle chacun des acteurs se représente la norme participe à la cohésion d’un groupe et divise ainsi la société civile en deux discours antagonistes. Le corpus étudié est dans ce sens constitué de deux types de discours.  Un premier corpus, plutôt hybride, a été recueilli au fur et à mesure du débat sur l’homosexualité dans les médias tunisiens depuis 2014. Celui-ci se caractérise par son hétérogénéité en termes de genres discursifs puisqu’il est composé de : vidéos, déclarations, commentaires sur les réseaux sociaux. En effet, j’ai moi-même suivi de près le débat sur les réseaux sociaux et les médias tunisiens depuis 2014 afin de réunir ce corpus qu’on peut qualifier d’homophobe. Un second corpus collecté auprès des associations tunisiennes pour les droits des personnes LGBTi est composé essentiellement d’affiches, tracts, slogans et textes de revendications ou manifestes. Ce corpus a été recueilli essentiellement sur les réseaux numériques tels que Facebook et spécifiquement sur les pages de trois associations  et aussi celles des acteurs sociaux militants pour la cause LGBT en Tunisie. Avant de présenter l’analyse de ce corpus, une première partie théorique s’attarde sur la dimension performative des violences verbales et présente un point de vue critique sur l’insulte comme acte.
Type de document :
Pré-publication, Document de travail
2017
Liste complète des métadonnées

https://hal-descartes.archives-ouvertes.fr/hal-01449797
Contributeur : Mariem Guellouz <>
Soumis le : lundi 30 janvier 2017 - 16:54:55
Dernière modification le : jeudi 11 janvier 2018 - 06:18:59

Identifiants

  • HAL Id : hal-01449797, version 1

Collections

Citation

Mariem Guellouz. De la responsabilité éthique et juridique de l’acteur du discours : le cas de l’insulte homophobe . 2017. 〈hal-01449797〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

76