La transgression à l’épreuve du corps du performeur dans la Tunisie contemporaine : approche anthropo-sémiologique

Résumé : Penser la transgression à travers le prisme des pratiques corporelles nécessite de porter un regard critique et biopolitique sur le corps comme enjeu et moyen de contrôle des sujets par le pouvoir des souverains et ensuite des Etats Nations. Contrôle des naissances, performativité juridique de la vie et de la mort, réglementation de la sexualité sont autant de formations discursives qui assujettissent le corps. Celui-ci peut se laisser instrumentaliser, dresser, par les institutions et les politiques publiques ou refuser de telles assignations, se rebeller et contrer les lois. Plusieurs exemples récents en Tunisie, tels que l’affaire de la Femen Amina ou encore des luttes des associations de défense des lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels, queer et intersexués ( LGBTQI), témoignent de ce geste de revers vis-à-vis de la loi. Si la norme est régie par un système de règles qui établissent ainsi un ordre social alors la transgression est le dépassement de cet ordre sans forcément l’effacer. Transgression et interdit s’impliquent mutuellement dans « un rapport en vrille dont aucune effraction simple ne peut venir à bout. » (Foucault, 1963, 767). La transgression réaffirme donc la limite tout en la débordant. Nous souhaitons l’aborder, dans le cadre de cet article, du point de vue de sa performativité en partant de l’idée d’une transgression qui implique un bouleversement des rapports sociaux et des effets : normalisation, sanction, rejet, déviance. Nous nous intéressons à la transgression à partir des formes d’intersémiocité entre les mots d’ordre (lois, norme, ordre social) et la performance artistique. Deux notions importantes sont alors mises en tension : performance et performativité. Les agencements possibles entre deux sémiotiques, celle de la performance artistique (le cas du corps dansant) et celle des discours/ordres dominants, mettent la lumière sur deux systèmes de signification en acte qui participent à transformer le réel.L’agencement dynamique entre l’acte de création et le geste politique est le point de départ d’une réflexion qui ne se limite pas à traiter de la performance dansée comme un objet de recherche esthétique mais la considère dans la pluralité de ses rapports avec la société. Le corps perforateur devient un objet propice pour réfléchir sur les rapports entre les corps, les normes et les ordres étatiques. Corps normés, façonnés, ou corps libres et contestataires : le corps du performer se noue aux pouvoirs et aux biopolitiques (Foucault, 1976). Transgressif ou soumis, il est nécessairement pris dans la nasse des tensions éthico-politiques et esthétiques.Notreterrain d’étude est le Maghreb et plus particulièrement la Tunisie où nous menons un travail de recherche sur le corps dansant et ses enjeux politiques. Il s’agit de comprendre comment ce corps, en Tunisie, dans ses rapports aux ordres étatiques, institutionnels et discours dominants se positionne-t-il entre obéissance et rébellion ? Comment la création contemporaine peut-elle être le lieu où se jouent ces tensions entre ordre et désordre ? Quel nouveau statut sémiotique acquiert le corps dansant transgressif ? Notre point de vue est celui de l’anthropo-sémiologie, suture épistémologique entre la sémiologie et la démarche ethnographique.Ce choix théorique consiste tout d’abord à refuser d’appliquer les catégories linguistiques et sémiologiques à tout fait social et esthétique afin de penser la performance artistique, dans son immanence, en tant que phénomène autonome. Il s’agit alors de s’attacher à analyser et à comprendre les différentes formes d’intersémioticité entre mots d’ordre et corps dansant. Un bref retour sur un cadrage épistémologique de la notion de transgression semble d’abord important avant de présenter deux études de terrain sur les rapports entre corps et ordres établis.
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Contributeur : Mariem Guellouz <>
Soumis le : lundi 30 janvier 2017 - 16:51:44
Dernière modification le : jeudi 11 janvier 2018 - 06:18:57

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Mariem Guellouz. La transgression à l’épreuve du corps du performeur dans la Tunisie contemporaine : approche anthropo-sémiologique . 2017. 〈hal-01449791〉

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